Une philosophie traverse l'ensemble de mes peintures : notre appartenance au vivant, à un ensemble aux multiples connexions qui nous lient aux autres formes de vie.
Baptiste Morizot est un des philosophes contemporains qui m'inspire le plus. Il repense la relation entre l'humain et le monde vivant en s'appuyant sur l’interdépendance des êtres et des écosystèmes. Dans ses écrits, il appelle à porter sur les animaux et les autres êtres vivants, un regard d'intériorité à intériorité, à expérimenter l'altérité du vivant. Si nous dépassons les dualités récurrentes exploitation-protection, civil-sauvage, diabolisation-sacralisation, une voie médiane semble possible, celle d'une relation diplomatique avec le vivant. Dans son ouvrage "Les Diplomates", Morizot propose de voir les animaux comme des partenaires avec lesquels l'humain doit apprendre à coexister dans un monde partagé, et non plus comme de simples objets d'étude ou comme des entités à exploiter. Il invite à s'éloigner de l'anthropocentrisme qui perçoit les autres êtres vivants en fonction de leur utilité ou de leur valeur pour l'homme.
Pareillement, mes peintures se fondent sur une vision d’altérité du vivant. J'accorde beaucoup d'importance au regard, que ce soit pour l'humain ou l'animal. Je souhaite que celui qui est représenté ne soit pas là que pour être vu, mais qu'il existe, pleinement, présent, en face du spectateur.
Toute démarche artistique, comme tout acte, porte sa part de responsabilité. A travers mes peintures animalières, je souhaite contribuer à ce que l'animal sauvage cesse d'être perçu comme un objet esthétique passif, un simple élément décoratif, mais redevienne ce qu'il a toujours été, une intériorité à part entière.

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